Fabio Soares x Mike Zonnenberg : l’interview croisée exclusive

Les deux réalisateurs sont partis ensemble à l’assaut du public le 22 novembre dernier avec leur court-métrage Loos-en-Gohelle : Conduite Accompagnée (Mike Zonnenberg) et Bitch, Popcorn & Blood (Fabio Soares).

TPP interview croisee2
De gauche à droite : Fabio Soares, Mike Zonnenberg.
 Le défi était de taille. Il était même double. D’abord, présenter le résultat d’un travail acharné et le soumettre au regard du Public dont l’accueil est toujours incertain. Ensuite, assurer la difficile tâche d’une promotion à deux alors que le contexte se prête naturellement à une comparaison des deux films, et par corollaire, des deux hommes. Si l’on était dans un scénario à la Scorcese (on s’en rapproche dangereusement dans Loos-en-Gohelle : Conduite Accompagnée), on penserait à une voix off qui poserait le décor : « en face du Public, une double projection, et au centre, les deux réalisateurs ».

Le premier défi est largement remporté lorsqu’à l’issue de la projection les critiques dithyrambiques fusent (voir notre reportage vidéo). Rappelons que les deux hommes n’en sont pas à leur coup d’essai. La saga SOCIAL KIDS réalisée par M. Z. à partir de 2012 racontait les aventures de deux jeunes fils d’ouvriers et avait connu un vif succès. Quant à F. S. il avait attiré toutes les attentions avec son western moderne (tourné à Paris) Woman With No Name.

TPP interview croisee3

Fabio, pourquoi avoir réalisé un film de genre ?

Fabio Soares – J’aime les atmosphères tendues, les échanges de regards, les situations tétanisantes où les protagonistes s’observent. Petit (et encore aujourd’hui) j’étais un grand fan de western et de films de sabres japonais (chanbara). La suspension du temps, en attendant le premier qui dégaine, cela m’a toujours fasciné !

1779238_703820799702446_662820417914860163_nPour Bitch, Popcorn & Blood, je voulais symboliser cet emprisonnement au 1er degré. Lily est prisonnière de sa condition sociale (serveuse) tout autant que de son lieu de travail. Mais plutôt qu’un huis-clos lugubre, j’ai opté pour de la couleur, du pop, du rock, de la vie. Lily est une petite princesse qu’on a enfermé dans une prison dorée. Toute la direction artistique du film a été travaillée en ce sens et je suis très fier du rendu final, fidèle à l’intention d’origine.

Mike – Même si je fais du film de genre, mes projets sont écrits pour plaire au plus grand nombre, car je me refuse à être clivant, j’ai envie d’avoir un public large qui me suit par affinité pour mon travail et non pas m’adresser à une catégorie de public. D’ailleurs, je ne suis pas fermé au cinéma plus traditionnel, Par exemple, Le Premier Jour Du Reste De Ta Vie, réalisé par Rémi Bezançon, est l’un des mes films préférés.

Pour moi, l’univers d’un film a une importance majeure. En France, un film repose en grande partie sur les comédiens et cela se ressent dès l’affiche où on retrouve en gros plan le visage des comédiens stars du film alors que dans les pays anglophones, il s’agit plutôt d’inviter le spectateur à visiter un univers et c’est bien ce que propose le film de genre.

Untitled-1Ma démarche est une progression constante. Après avoir posé ma caméra dans le Nord de la France pour y développer une comédie sociale en 3 actes, je me tourne aujourd’hui vers l’univers des gangsters en exploitant ses propres codes mais toujours avec le souci d’apporter quelque chose de nouveau et qui m’appartient. Ce genre, peu ou mal exploité en France, possède un fort potentiel.

Mike, la direction d’acteurs participe magistralement au résultat final mais ce n’est pas une mince affaire ?!

Mike – Je donne assez peu de liberté à mes comédiens [rires], car je connais mes personnages à tel point que je sais exactement avec quelle intonation ils prononceraient chaque phrase, alors je dirige mes comédiens jusqu’à obtenir l’intonation que j’ai en tête, ça perturbe certains comédiens mais une fois qu’ils ont compris qu’ils pouvaient me faire confiance les choses se passent bien et le personnage prend vie. Les dialogues sont très précis, je laisse très peu de place à l’improvisation et le timing est très important car parfois 3 personnes se parlent de façon croisée, ce qui est très difficile à caler en mise en scène (Reservoir Dogs est truffé de dialogues croisés). Bosser la dynamique des dialogues lors des répétitions est hyper important pour moi.

Fabio – Jane Badler est une idole de jeunesse et quelques décennies plus tard, elle dégage toujours autant de présence. C’est frappant toute cette confiance qu’elle possède, et c’est encore plus drôle quand elle te raconte que toute petite, elle était d’une timidité maladive ! Elle était faite pour ce rôle, ou l’inverse, je ne sais plus tant les deux sont proches !

On a tous vécu des situations frustrantes dans notre vie, et on a tous voulu un jour péter un câble sans jamais l’oser. La Femme Fatale (ndlr: le personnage de Jane Badler) incarne cette petite voix dans ta tête, qui te veut à la fois du bien et du mal, à la fois toi-même et quelqu’un d’autre. Je voulais un personnage intouchable dans tous les sens du terme, une projection physique de toute cette frustration accumulée par le personnage principal. Le côté fantasmagorique est venu naturellement dans l’écriture, sans me poser de question.

TPP –  Fabio, Mike, la musique est presque un personnage à part entière dans vos films ?

Mike – J’adore la musique presque autant que le cinéma et je prends un grand plaisir à partager mes goûts musicaux à travers mes films. J’aime l’idée que mes scènes soient liées à une playlist et qu’on puisse regarder une scène juste pour écouter la musique comme je l’ai fait dans ma jeunesse avec Trainspotting et Pulp Fiction qui étaient totalement des films-playlist.

Fabio – Oui, totalement même. Le thème principal « Live a little » a été composé sur-mesure par le groupe electro-rock allemand Junksista, dont la chanteuse est ma meilleure amie. Lorsque je suis venu vers eux, le scénario n’était même pas encore bouclé. Je leur ai décrit l’univers du film, et dès le 1er jet, la chanson était parfaite ! Cela m’a beaucoup aidé par la suite dans l’écriture. Globalement, j’ai une approche très musicale et adore collaborer avec des musiciens. Pour le montage son, je me suis tourné vers Vivien Thielen, chanteur du groupe « Faith & Spirit » dont le style très « Doors » m’a énormément plu. Enfin, Jane Badler nous a aimablement autorisé à utiliser sa chanson « Volcano Boy », une perle fantaisiste.

La bande originale de Bitch, Popcorn & Blood est une vraie fierté et je vais essayer de l’éditer en version collector vinyle via un crowfunding prochainement. Si cela marche, j’offrirai un exemplaire avec grand plaisir au Parisian Post !

TPP –  Fabio, Mike, les femmes ont une place particulière dans vos films ?

Fabio – La femme au cinéma est souvent juste là pour donner la réplique ou tomber amoureuse du héros, le cinéma est aussi sexiste que notre société en fin de compte ! Dans Bitch, Popcorn & Blood, – l’héroine se lance dans un carnage après avoir reçu une salve de provocations masculines – c’est plus qu’une libération, c’est surtout un juste retour des choses. 
Au delà de ça, j’aime raconter ce rapport de force déséquilibré, la féminité et le combat social en général. J’y vois un potentiel d’images incroyable. Pour mes castings féminins, je cherche toujours de forts tempéraments, car au delà du jeu, c’est un rapport que j’aime dans l’échange et la construction de la mise en scène, et qui se retrouve à l’image d’une façon ou d’une autre. Dire à Laura Satana de se taire et réciter sa réplique, c’est mettre sa vie en danger !

10392277_703820796369113_2377190313307638961_nMike – Mes univers sont très masculins (le foot pour SOCIAL KIDS et l’automobile pour LeG) ce n’est pas étonnant que mon cast soit majoritairement masculin. Dans le milieu ouvrier le rapport aux filles est assez particulier, dans mon quartier quand j’étais jeune les filles étaient bien souvent des garçons manqués et les jolies filles hors de portée, choper une fille était déjà un exploit alors on traînait surtout entre potes et on faisait des conneries, c’est pour cela que mes héros sont souvent célibataires et quand ils ont une meuf c’est une source de tracas. C’est assez cliché mais c’est proche de l’image que j’avais des femmes quand j’étais jeune, y’a un potentiel comique dans cette vision de la femme que j’ai voulu exploiter dans mes projets, mais je vous rassure, ma vision des femmes a évolué en grandissant (rires).

UntitledTPP –  Fabio, Mike pouvez-vous nous parler de votre collaboration ?

Fabio – Mike et moi partageons une démarche et des idées communes sur le cinéma d’aujourd’hui. Nos films étaient en préparation à peu près au même moment, et à force d’échanger on a fini par collaborer ensemble ! Il a co-scénarisé Bitch, Popcorn & Blood assez naturellement tant ses conseils étaient précieux, et je l’ai conseillé au mieux sur Loos-en-Gohelle : Conduite accompagnée. On a également mis une partie de nos ressources en commun par la suite (1er assistant réal, photographe, studio son…). Plutôt que de faire son avant-première chacun de son côté on s’est dit que ce serait plus sympa de faire ça ensemble. Et voilà, la projo Double Bang était sur les rails.

J’espère qu’on pourra continuer à collaborer ensemble sur nos prochains projets.

Mike – J’ai deux grandes frustration artistiquement c’est de n’être ni graphiste, ni illustrateur. Quand je pense à un mec comme Tim Burton qui est capable à lui seul de créer l’intégralité de ses univers graphiques, je suis vraiment envieux. Quand je conçois un univers je dois donc faire appel à des talents pour les concrétiser et Fabio est, en plus de ses talents de réalisateur, un graphiste hors pair, il m’a aidé à bâtir l’univers graphique de mon projet autant sur la charte des décors (le logo de la Carrosserie Vermeersch par exemple) que sur les éléments de communication liés à mon concept autour de GTA : les artworks, l’affiche etc. Quand on bosse avec quelqu’un de talentueux dans un domaine on ne perd pas de temps à le débriefer, on peut concevoir les idées les plus audacieuses car on sait qu’elles seront exécutées avec qualité. Merci à lui pour son aide. Et l’affiche de la double projo est de lui, un bijou qui trône déjà chez moi au dessus de mon bureau.

C’est moi qui suis entré en contact avec Fabio après être tombé sur la page Ulule de WWNN, j’ai tout de suite vu qu’on avait la même approche du cinéma. On a ensuite suivi les projets de l’autre jusqu’à pouvoir un jour collaborer et je pense que c’est que le début de notre aventure commune. On défend le même genre de cinéma et on est plus fort à deux.

IC TPPTTP – merci !


Vos films en exclusivité The Parisian Post et pour une durée limitée : c’est ici !


 La bande annonce de Loos-en-Gohelle : Conduite Accompagnée de Mike Zonnenberg

La bande annonce de Bitch, Popcorn & Blood de Fabio Soares

 ————————————————> Infos pratiques

Bandes-annonces et infos supplémentaires : www.doublebang.fr

Suivre Mike Zonnenberg : www.facebook.com/zonnenbergmike et www.vimeo.com/mikezonnenberg

Suivre Fabio Soares : https://www.facebook.com/fabio.video.director et http://www.fabio.fr

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s